L'idée à l'origine de ce projet est facile à saisir. Des seniors alertes apportent une aide bénévole à la prise en charge de personnes tributaires de soins. Au lieu de recevoir un salaire, ils sont gratifiés de bons à hauteur des heures de travail effectuées. Ils peuvent les échanger plus tard et «s'acheter» ainsi la prise en charge dont ils ont alors eux-mêmes besoin. Un troc donc, avec le temps comme monnaie, qui ne perd pas de sa valeur en raison du renchérissement des prix, comme le soulignent les partisans de cette solution. «Ce système me fascine» a dit Pascal Couchepin lorsqu'il a lancé cette proposition il y a de cela deux ans.
L'Office fédéral des assurances sociales (OFAS) dispose désormais d'une première étude qui, sans décrire ce système comme absolument fascinant, l'estime tout de même assez intéressant pour mériter d'être examiné de plus près, suffisamment en tout cas pour en poursuivre l'idée: De concert avec la ville de Saint-Gall, la Confédération a chargé un conseiller en organisation autrichien de mettre sur pied un projet d'essai pilote. Son rapport doit être rendu d'ici au printemps 2010 de façon à pouvoir ensuite passer à la réalisation.
Il s'agit d'atteindre les trois objectifs suivants: attirer un plus grand nombre d'aides pour le nombre croissant de personnes tributaires de soins, valoriser l'engagement des retraités et contribuer à la réduction du coût des soins. «Nous espérons apporter une contribution à la stabilisation du système de prise en charge et à son éventuelle extension», déclare Gernot Jochum-Müller, qui va mettre sur pied le projet. Le recours accru aux bénévoles devrait décharger le personnel soignant souligne encore Reinhold Harringer, de la ville de Saint-Gall. Les services d'aide et de soins à domicile pourraient alors mieux se concentrer sur les soins purement médicaux.
Les objectifs poursuivis par ce projet sont ambitieux, comme les auteurs de l'étude de l'OFAS l'admettent eux-mêmes. Les coûts ne peuvent être endigués que si les gens peuvent renvoyer à plus tard leur entrée dans un home grâce à l'aide apportée. Et le besoin accru de prestations de soins ne saurait être couvert par le seul travail des bénévoles. Les expériences faites au niveau international ont toutefois montré que ces objectifs peuvent, pour le moins, être «partiellement» réalisés.
Avant d'en arriver à ce stade, les promoteurs doivent néanmoins encore résoudre toute une série de questions délicates:
Quelles prestations sont-elles indemnisées pour éviter que les aides soient surchargés et que les services d'ASAD soient ignorés? En première ligne les activités d'aide telles que les achats, la confection des repas ou les promenades répond Reinhold Harringer.
Les crédits sont-ils payés exclusivement en temps ou est-ce qu'un échange en francs doit aussi être envisageable? Les experts penchent plutôt pour la deuxième solution. Un nombre plus grand de gens se sont généralement laissés motiver à participer avec cet argument.
Doit-on payer des impôts pour ces prestations?
Qui gère les bons de temps et garantit que les heures de prise en charge effectuées peuvent effectivement être retirées des années plus tard?
Tout cela doit encore être clarifié dans le détail annonce Jochum-Müller, confiant dans la réussite du projet. A vrai dire, une chose est déjà claire: Sans fonds publics, un tel projet ne fonctionnera pas, du moins au début «Tous les système étudiés ont été au départ dépendants d'une aide financière de lancement» peut-on lire dans l'étude. L'OFAS ne se laisse pas pour autant effrayer. «Nous espérons que le projet se réalise», déclare la responsable du projet Joana Guldimann.
De par le monde, il existe quelques exemples concrétisant l'idée de Pascal Couchepin, le plus important au Japon. Sous le nom de «Fureai Kippu» – traduit littéralement ticket pour bénéficier de soins – existe dans ce pays un modèle d'économie de temps qui, fort d'environ 400 groupes régionaux et de plusieurs centaines de milliers de membres, occupe une position clé dans le secteur des soins aux personnes âgées. On reçoit pour les services d'aide des bons de différente valeur selon l'activité, le moment de la journée et le groupe. Une heure de soins corporels vaut ainsi deux fois une heure d'achats ou de travail ménager. Certains groupes s'en tiennent strictement aux bons de temps alors que dans d'autres, l'avoir acquis peut être échangé contre des yens. Deux centres de paiement (clearing) veillent à ce que les bons soient monnayables dans tout le pays. De cette manière, on peut aussi acquérir, par ses propres prestations, du temps de soins pour ses parents qui se trouvent dans une autre partie du pays.
Le succès de cette formule au Japon s'explique, selon les experts par le vieillissement de la population: plus de 20 pourcent des habitants ont plus de 65 ans (Suisse: 16,4 pourcent). En outre, au Japon, les personnes âgées bénéficient en règle générale d'un surcroît d'estime. Ainsi, Fureai Kippu peut par exemple se passer de la garantie de l'Etat : On a la certitude de toujours trouver assez d'aides auprès desquelles on pourra toucher les heures mises de côté. (source: Der Bund, 13.07.2009)